Mes vieilles jambes souffraient, n'en pouvaient plus de pousser mon corps à s'évader loin, toujours plus loin parmi les sapins enneigés. Le vent glacial, fouettant contre mon visage, menaçait de stopper ma course folle, mais je courrais. Pas même neige, engloutissant chacun de mes pas tel le sable mouvant n'avait été de taille contre ma volonté, cette volonté saisissante de le fuir. J'avais peur, beaucoup trop peur de me retourner, d'affronter une nouvelle fois ce regard. Je voulais déguerpir et le savoir loin, vaincu. Si tel n'était pas le cas, je pouvais du moins prendre le risque de me l'imaginer. Le froid était saisissant. Mes vieilles jambes allaient flancher. Mon souffle, couper. En plsu de cette poudrerie si déterminée à me tenir prisonnière de la forêt, la nuit allait tomber en me laissant comme seule issue cette petite cabane en bois rond au loin. Une bien jolie petite cabane, cheminée fumant, se tenant droite et forte contre la tempête. Tout donnait espoir à la vieille dame que j'étais d'une nuit remplie de douceur, de chaleur. Je croyais qu'enfin, je lui avais échappée. La chaise berçante avait semblée m'accueillir tel une mère tendant les bras à sa petite fille. Je tentais de bercer mon âme, de réchauffer mon coeur du mieux que je le pouvais, mais le froid était toujours là, rôdant autour de mon être d'une manière coriace. Ce givre sur la fenêtre... Le même qu'autrefois...
J'avais été une petite fille solitaire, une petite fille avec comme mère une enveloppe charnelle sans émotions préférant alcool à son înstinct maternel. Une petite fille solitaire ayant comme paternel une personne usée et blessée par le temps, un père, disons le, un peu top présent. La solitude amène la création, ce qui développe une formidable imagination. Par contre, parmi les scénarios les plus farfelus, les plus fous, les plus tristes que je m'étais imaginés dans le passé, aucuns n'égalaient celui-ci.
Je n'ai rien imaginé.
-Il fait froid dans la maiso, papa! Regarde dans la fenêtre de ma chambre, la glace a fait des dessins dessus. C'est beau, hein papa? ... Papa? Qu'est-ce que tu fais?! J't'ai dit que j'aimais pas ça... Tu m'avais promis d'arrêter... Le froid me fait moins mal que toi papa!
Ce souvenir, ce cruel souvenir m'avait encore une fois rattrappée, ligottée et torturée. Encore une fois, la petite fille trouva son nid en la vieille dame qu'avaient façonnés chacuns des hivers de ma vie.